Blogpsy.net

Aller au contenu Aller au menu Aller à la recherche

Formations Hypnose ericksonienne et PNL à Caen - Prochaine session intensive et ouverte à tous en juillet-aout 2007

Publié le dimanche 22 avril 2007 à 22:29 par J B

Ce court billet pour indiquer que j'ai le plaisir d'enseigner la PNL et l'hypnose ericksonienne à l' Institut Normand de Coaching et de de Thérapies Brèves et de partager ainsi les ressources présentées sur les différents sites dont je suis l'auteur.

Des sessions de formation sont regulièrement organisées.

Prochaine session : Praticien en hypnose ericksonienne et PNL - 3 semaines intensives ouvertes à tous, en juillet et aout 2007

Campagnes anti-alcool?

Publié le lundi 11 décembre 2006 à 21:37 par J B

Je continue un peu sur l’alcool en abordant les campagnes anti-alcooliques, qui me laissent désespérément perplexe.

Tu t'es vu quand t'as bu!

La plus ancienne dont je me souviens est « Tu t’es vu quand t’as bu ». On ne mérite guère un prix Nobel de psychiatrie en relevant le manque d’estime soi des personnes dépendantes à l’alcool. Cela se manifeste par un manque de confiance, un sentiment de culpabilité assez fréquent et de la honte. Etre honteux, c’est ne pas correspondre aux critères de ceux que l’on a en face de soi, critères auxquels on adhère ou non. La honte est fréquemment un phénomène central de cette addiction, accentué par l’image et l’étiquette d’ « alcoolique » dans notre société et par le mépris d’une partie des professionnels que le sujet peut rencontrer. Quand la personne boit, c’est souvent pour engourdir ce sentiment de honte dans l’action de consommer.

Installé l’autre jour dans le bar à côté de mon cabinet, j’observais un groupe de personnes. A un moment, un gars a sorti une blague vaseuse et a fait ce qu’on nomme communément un bide. Instinctivement et spontanément, il a plongé le nez dans son picon bière.

La honte fait boire. Alors curieux message que ce « Tu t’es vu quand t’as bu », générant de la honte et provoquant indirectement… la consommation d’alcool.

Sam, celui qui conduit, c’est celui qui ne boit pas

La plus récente des campagnes que j’ai pu observer est celle de Bob, dont la vidéo est présentée ci-dessous.

Le slogan est comme suit : « Sam, celui qui conduit, c’est celui qui ne boit pas » Professionnel de l’hypnose et de la suggestion, je trouve le slogan curieux : « c’est celui qui ne boit pas » suggère implicitement que les autres boivent. Le film le montre d’ailleurs, trois individus étant passablement éméchés, un quatrième plus ou moins dans les vapes à côté du conducteur. La campagne incite donc 4 jeunes sur 5 à consommer de l’alcool. A la limite, celui qui n’avait pas prévu de boire, si il n’est pas Sam, est tenté de le faire pour pas perdre son tour. Ces jeunes ne conduisent pas, mais peuvent par contre en descendant de voiture se faire écraser (par un conducteur sobre).

Toujours installé dans le bar à côté de mon cabinet, un vendredi soir, j’observais des jeunes qui préparaient leur vendredi soir. A un moment, l’un d’eux a demandé : « C’est qui Sam ? ». Un des membres du groupe s’est auto-désigné, sacrificiel. Les autres ont repris un pastis, rassurés. On peut donc dire que cette campagne encourage la sobriété d’un jeune sur 5 et incite les autres à consommer.

L’alcool a toujours été un sujet ambigu, dans sa prévention. Peut-être les 4 millions d’emplois en France ayant un lien avec ce produit de consommation y sont-ils pour quelque chose. Ambiguité qui se matérialise sur chaque bouteille :

A consommer avec modération

Là encore, en terme d’hypnose, cela s’appelle une suggestion directe masquée. C’est tout à fait étonnant de trouver une mention luttant contre l’alcool et ses méfaits contenant : « A consommer » (avec modération), dans une forme de plus injonctive, qui ne souffre presque pas la contestation (quand on dit « cet article est à retenir », c’est généralement un article dont on se souvient sans avoir trop le choix).

Le « avec modération » est également surprenant : le propre des thérapies brèves est d’obtenir un changement relativement rapide tout en s’adaptant à la nature humaine. Si on dit à quelqu’un : « Changez vite », il a peur, se bloque, se ferme, stagne… Si on lui dit : « Vous avez tout votre temps pour changer », il se détend, confortable, assuré… et change vite. Enjoindre la modération facilite et génère l’action.

A mon humble avis, tout cela est assez maladroit. Il y a là à travers ces trois exemples une curieuse ambiguïté, celle de déconseiller l’usage abusif d’alcool tout en incitant à en consommer. Maladroit ou alors pervers ? Non, ils ne feraient pas ça tout de même. Simplement maladroit.

JB

Le problème est la solution

Publié le samedi 9 décembre 2006 à 01:59 par J B

"Le problème est la solution"

Cette affirmation d’Erickson peut surprendre mais est indubitable : bien souvent, un problème persiste et se développe par la mise en place de solutions inadaptées.

Exemples :

- A la veille des élections, le ministère de l’intérieur décide de rassurer la population. Il trouve une solution : les effectifs policiers sont augmentés, les représentants de l’ordre sont plus présents : la population, voyant des uniformes partout, s’inquiète. Le gouvernement renforce la présence policière, des conflits dans les banlieues éclatent ce qui augmente encore l’anxiété populaire etc… Les tentatives de solutions créent le problème.

- Le joueur endetté trouve une solution : jouer pour rembourser ses créanciers, il perd, s’endette encore plus…

- Une personne veut perdre 5 kg. Elle trouve une solution : faire un régime. Elle se restreint, perd 5 kg et craque, reprend 10kg. Elle décide alors de faire un régime encore plus restrictif, perd 10kg, craque encore plus et reprend 15kg…

L’être humain a donc une démarche de résolution de problème assez paradoxale mais compréhensible : il cherche et trouve la solution à l’intérieur du système dans lequel il évolue. Le ministère de l’intérieur trouve une solution dans son domaine d’exercice, policièr, le joueur dans le jeu, la personne en surpoids du XXème siècle dans les magazines. La solution devient le problème quand on la cherche dans le système qui lui-même a généré le problème. Il y a donc une erreur de niveau de résolution.

« Encore plus de la même chose »

S’ajoute à cette erreur stratégique un fonctionnement humain répandu qui est de renforcer une stratégie qui ne marche pas, ce que l’on nomme « faire encore plus de la même chose ». La solution est le problème et elle est de plus intensifiée par le sujet (le joueur va jouer de plus en plus, la personne en surpoids multiplier les régimes…). Ces phénomènes trouvent leur origine dans un fait essentiel : l’être humain fait avec ce qu’il a, c’est-à-dire la réalité telle qu’il la perçoit. Et si ça ne marche pas, il continue quand même, pensant ne pas en avoir assez fait.

Pour permettre au sujet de quitter ce fonctionnement paradoxal et d’évoluer il est donc nécessaire de lui permettre de faire évoluer sa lecture de la réalité. Il pourra ainsi élaborer un système qui lui apporte de vraies et bonnes solutions, adaptées à sa problématique.

JB

Cecillon

Publié le samedi 11 novembre 2006 à 17:10 par J B

Hier, Marc Cecillon a été condamné à 20 ans de réclusion pour le meurtre de sa femme. Horrible drame que cet assassinat, bien entendu. Mais aussi beau gachis humain d'avoir laissé une personnalité addict sans aide quelconque. Addiction au sport tout d'abord qui le fit prolonger sa carrière jusqu'à un age surnaturel, puis coupure brutale, sans aucune aide (ovalie bien ingrate) et nouvelles addictions (alcool et dépendance affective) dans la plus totale indifférence. Cecillon a joué une cinquantaine de fois en équipe de France, en a été le capitaine, sportif exemplaire. Dans ces conditions, on s'inquiète pour monsieur tout le monde qui en général obtient encore moins d'attention.

Document PDF addiction-sport page 1072


Pause ultradienne de régénération psycho-corporelle

Publié le mardi 31 octobre 2006 à 01:46 par J B

Ernest Rossi, psychologue élève de Milton H. Erickson a adapté au champ de la thérapie psycho-corporelle le cycle ultradien, découvert en 1957 par Dement et Kleitman. Selon ces découvertes, le corps fonctionne selon un rythme activation/repos de 90mn-20mn environ.

Pendant ces consultations, Erickson avait découvert ces moments de transe naturelle chez ses patients, et pouvait tenir inlassablement un discours parfaitement ennuyeux jusqu'au moment "m" ou le sujet, consciemment ailleurs se trouvait plus disponible à l'intériorité et à la suggestion inconsciente. l'induction hypnotique est une autre manière d'atteindre cet état naturel, common every day transe.

Ces cycles ultradiens correspondent à ceux du sommeil, qui se continuent naturellement et plus ou moins inconsciemment pendant la journée. Le creux ultradien sera cette période de 20mn ou l’état de conscience se modifie naturellement (rêverie, distraction, …). On trouve chez les personnes surmenées ou souffrant par exemple de fibromyalgie ou de fatigue chronique, une perturbation de ces rythmes. Le monde scolaire est également une bonne illustration du mauvais traitement infligé à ces périodes.

A l'inverse, se recadrer dans ces rythmes apporte des bénéfices non-négligeables. Le but du jeu est de repérer ces rythmes et de faire une pause dans le creux, ce moment par exemple où on lit trois fois la même page sans rien comprendre, où on ne comprend plus vraiment ce qui est dit, où on se surprend à fixer un coin de table depuis un temps indéfini avec un air parfois blafard mais souvent absent. Autant s'arrêter pour se consacrer à soi. Cette pause ultradienne, si elle est respectée et bien réalisée, apporte les bénéfices d'environ deux heures de sommeil.

Voici un accompagnement de cette pause de régénération. Installez-vous confortablement pour une quinzaine de minutes et cliquez sur le lecteur ci-dessous :


Bonne pause

JB

Les manques de la thérapie comportementale et cognitive

Publié le lundi 30 octobre 2006 à 23:46 par J B

L’approche cognitivo-comportementale (pour parler simplement, l’analyse des pensées, croyances et des comportements qu’elles provoquent) est à la mode. Les COMPORTEMENTALISTES sont partout, fagocytent les studios de télé en tout genre.

Un rapport du CNRS enthousiaste a il y a quelques années a aidé à renforcer cet engouement.

D’autres études ont fleuri, avec plus de recul, remettant en cause le miracle des TCC. En voici une :

Rapport sur les résultats à long terme des TCC dans les troubles anxieux et la psychose

La Health Technology Assessment vient de publier un rapport sur les résultats à long terme des TCC dans les troubles anxieux et la psychose. 

Traduction du résumé par Dr Jean-Michel THURIN :

Résultats à long terme des essais cliniques de thérapie cognitivo-comportementale en Écosse du centre

OBJECTIFS : Établir les résultats à long terme des participants aux essais cliniques de thérapie cognitivo-comportementale (TCC) pour les troubles anxieux et la psychose, examiner l'efficacité réelle et le rapport coût-efficacité liés au bénéfice d'une TCC en comparaison des traitements alternatifs. 

CONCEPTION : Une tentative a été faite d'entrer en contact avec et d'interviewer tous les participants de huit essais contrôlés randomisés de TCC pour des troubles anxieux et de deux essais contrôlés randomisés de TCC pour la schizophrénie conduits entre 1985 et 2001. Un examen des ressources de soins de santé utilisées au cours des 2 années précédant l'entrée dans les essais et des 2 années avant l'entretien de suivi a été entrepris.

CONFIGURATION : Des environnements urbains et ruraux mêlés dans cinq localités du centre de l'Écosse. Des essais cliniques concernant les troubles anxieux ont été conduits principalement dans le soin primaire avec trois essais concernant le trouble anxieux généralisé, quatre concernant le trouble panique et un concernant le trouble post-traumatique (PTSD). Les études de psychose (une concernant la prévention de la rechute et une concernant le trouble chronique) ont été entreprises en soin spécialisé.

PARTICIPANTS : Parmi les 1071 participants aux 10 études, 489 ont accepté de participer (46% des participants initiaux, 52% de ceux qui étaient disponibles pour entrer en contact).

INTERVENTIONS : Les entretiens de suivi ont eu lieu entre 1999 et 2003, entre 2 et 14 ans après le traitement initial. Les entretiens pour les essais 1-8 ont été conduits par un psychologue de recherche qui ne connaissait pas l'état initial de traitement. Les entretiens pour les essais 9 et 10 ont été conduits des infirmières psychiatriques travaillant dans la communauté et également aveugles à l'état du traitement. Des notes de cas ont été réalisées après l'entretien.

PRINCIPALES MESURES DE RÉSULTATS : Pour les essais 1-8 les principales mesures de résultats issues des entretiens étaient : l'entretien Programme-plannifié-DSM-IV pour le diagnostic de troubles anxieux et la comorbidité, la sévérité clinique globale (0-8) et l'échelle d'évaluation de l'anxiété de Hamilton. Les principales mesures d'évaluation du patient étaient : L'inventaire bref de symptôme, le SF-36 II, l'Amélioration clinique globale (1-7), et l'échelle d'affect positif et négatif. Pour les essais 9 et 10 la mesure de résultat primaire était l'échelle basée sur un entretien de syndrome positif et négatif (PANSS).

RÉSULTATS : Pour les études concernant trouble anxieux (essais 1-8), la moitié des participants (52%) a présenté au moins un diagnostic au suivi à long terme, avec des niveaux significatifs de comorbidité et d'états de santé comparables aux 10% les plus bas de la population générale. Seuls 36% d'entre eux ont rapporté ne recevoir aucun autre traitement pour l'anxiété au cours de la période de suivi, 19% d'entre eux recevant un traitement de façon quasi constante. Les patients avec PTSD allaient particulièrement mal. Il y a eu une augmentation réelle de 40% en coûts de soins de santé au cours des deux périodes de temps, principalement due à une augmentation de la prescription. Un rapport étroit a été trouvé entre une mauvaise santé mentale et physique pour ceux qui présentaient un trouble anxieux chronique.

Le traitement avec TCC a été associé à de meilleurs résultats à long terme que le non TCC en terme de sévérité globale de symptôme, mais pas en ce qui concerne l'état diagnostique. Les effets positifs de la TCC trouvés dans les essais cliniques initiaux se sont érodés sur des périodes de temps plus longues. Aucune preuve n'a été trouvée pour une association entre une thérapie plus intensive et plus d'effets durables de la TCC. Les résultats à long terme se sont avérés être le plus fortement prévisibles en fonction de la complexité et la sévérité des problèmes présentés au moment du début, de l'accomplissement de traitement indépendamment de sa modalité et de la quantité de traitement intermédiaire pendant la période de suivi. La qualité de l'alliance thérapeutique, mesurée dans deux des études, n'a pas été liée aux résultats à long terme, mais a été liée aux résultats à court terme.

L'analyse coût efficacité n'a montré aucun avantage de la TCC par rapport aux non TCC. Le coût de la TCC dans les essais cliniques initiaux n'a représenté qu'une très petite proportion (6.4%) des coûts globaux de soins de santé relatifs à cette population, qui sont élevés tant pour les problèmes de santé physiques que mentaux. Dans les études de psychose (essais 9 et 10), les résultats étaient généralement faibles avec seulement 10% des patients qui ont réalisé une réduction de 25% au niveau des scores totaux de PANSS depuis le prétraitement jusqu'au suivi à long terme ; de même l'analyse coût-efficacité n'a montré aucun avantage de la TCC par rapport à la non TCC, bien que les coûts de soins de santé se soient réduits au cours des deux périodes de temps, principalement à cause d'une
réduction en coûts d'hospitalisation.

CONCLUSIONS : Les services psychologiques de thérapie doivent reconnaître que les troubles anxieux tendent à suivre un cours chronique et que les bons résultats des TCC à court terme n'apportent aucune garantie de bons résultats à moyen ou à long terme. Les cliniciens qui vont au delà des protocoles de traitement standard d'environ 10 séances sur une période de six mois sont peu susceptibles de provoquer une amélioration plus grande. Les résultats faibles sur le long terme sont liés à une plus grande complexité et sévérité des problèmes présentés au moment de la prise en charge, au manque d'achèvement du traitement indépendamment de la modalité, et de la quantité de traitement intérimaire pendant la période de suivi. Les gains relatifs de la TCC sont plus grands dans les troubles anxieux que dans la psychose. Des conceptions de recherche longitudinale portant sur des périodes étendues (2-5 ans), avec un grand nombre de participants (500+), sont nécessaires pour étudier l'importance relative des caractéristiques du patient, de l'alliance thérapeutique et de l'expertise de thérapeute en déterminant le rapport coût-efficacité de la TCC à plus long terme.



On se sent moins bête quand on lit cette étude, car la réalité thérapeutique est nettement plus proche de ce compte-rendu.

La TCC a apporté des outils non négligeables :

- Mutation (légère mais positive) de la relation thérapeutique (qui devient collaborative), ouverture, naturel (c’est plus simple de parler avec quelqu’un à battons rompus que de s’allonger pour raconter sa vie pendant une période longue et indéfinie).

- La thérapie cognitive apporte un modèle d’échange utile et de précision, sorte de thérapie du bon sens.

- Les outils comportementaux, respectant les processus de l’apprentissage sont accessibles, logiques et parfois opérants.

- La TCC et son émergence ont au moins eu le mérite de remettre en cause le monopole de la psychanalyse (monopole unique en France, avec l’Argentine).

Mais la TCC a ses limites (démontrées dans l’étude ci-dessus). C’est décevant, mais on peut essayer d’en faire quelque chose d’utile.

- La thérapie du bon sens ne suffit pas toujours (si c’était le cas, un garçon de 2 mètres et de 130 kilos n’aurait pas peur des souris). La thérapie cognitive a pour but de remettre en question la vision du monde du sujet (pensées, schémas de représentation) afin de construire une lecture du réel plus adaptée (« En quoi pouvez-vous penser qu’une souris est dangereuse ? »). La thérapie comportementale a pour but d’exposer graduellement au stimulus (photo de souris, film de souris, souris en cage, souris en liberté, souris dans la main…) afin de créer un phénomène de désensibilisation, d’habituation. Au bout d’un certain temps, les pensées et comportements nouveaux sont sensés remonter à l’inconscient qui se rend compte qu’une souris est inoffensive et même plutôt sympathique. Si la peur de la souris est due chez le sujet à une enfance passée à se faire taper dessus puis enfermer dans le noir dans un placard pendant des heures avec des souris lui courant sur le corps, il y a peu de chance pour que même Mickey lui semble amical et sympathique, ou alors en serrant fortement les dents et les fesses. La mutation cognitive et comportementale est consciente. Pour qu’elle devienne inconsciente, pour que le « disque dur » se reconfigure complètement, les techniques sont limitées. Cottraux dans ses ouvrages sur la thérapie cognitive, parle d’inconscient en tant que mémoire à long terme, décrit avec talent les conditions d’un changement stable et durable… Mais la réalité thérapeutique du comportementaliste de base est différente et bien plus sommaire.

Une difficulté psychologique est donc souvent une question de profondeur et d’empreinte, plus ou moins prégnante. O. Lockert définit ainsi deux types d’intervention :
- En cas de «bleu à l’âme» (du aux choses du passé) : soignez le présent. Pansez les blessures. - En cas «d’épine à l’âme» (due aux choses du passé) : soignez le passé. Retirez l’épine et désinfectez.
La TCC correspond donc à peu près à l’Arnica, pommade (ou granule) célèbre et utile s’il en est mais limitée dans ses effets (et puis allez donc enlever une épine badigeonnée de pommade !).
- Le phénomène mode nuit également à la TCC. Les premiers ouvrages de Christophe André étaient intéressants et novateurs. La production actuelle des psychiatres est toute autre. Les livres qui se veulent vulgarisateurs se multiplient, chez Odile Jacob ou Retz, dressant des tableaux intéressants mais laissant les solutions secrètes et réservées aux seules alcôves psychiatriques. Les ouvrages ne vulgarisent pas, ils éjectent le lecteur de sa recherche personnelle de solutions, niant l’idée de collaboration affirmée par les préceptes de la TCC : « Voyez comme nous avons bien compris votre problème ! Maintenant, venez nous voir pour le régler. » Et quand un bouquin se veut pratique, il se transforme en recette de cuisine, ne prêtant pas manifestement au lecteur les qualités nécessaires pour comprendre quelque chose de plus sophistiqué.

- Succès aidant, les psychiatres comportementalistes sont débordés, les consultations courtes et stéréotypées (parfois c’est même un discours identique, mot pour mot qui est tenu !). Le consommateur est souvent surpris de l’écart entre projet et réalité thérapeutique. Nous sommes, même dans un cabinet médical, dans une société de consommation (et un psy consomme…).

- Le livre noir de la psychanalyse constitue une attaque en règle de la TCC sur la psychanalyse. Ce phénomène est également à ajouter au registre de la décadence d’une idée neuve : elle se pose en école, en caste et attaque son concurrent principal. C’est à la fois mesquinerie et flagornerie : mesquinerie parce qu’atrocement facile d’attaquer la psychanalyse (tirer sur une ambulance est encore plus facile que de toucher une vache dans un couloir), et flagornerie car pour attaquer, il faut être sûr des billes qu’on a en poche (cf étude ci-dessus).

Bref, la réalité idéologique et commerciale a comme souvent cassé un jouet intéressant et novateur.

Thérapeutiquement, l’erreur (humaine) de la TCC est de sous-estimer l’être humain et de manquer elle-même d’humilité :
- La relation thérapeutique ne doit pas être d’égal à égal, cela ne suffit pas : pour mobiliser les ressources d’un individu, il faut adopter un profil plus bas que le sien (difficile peut-être pour un psy).
- Le comportement d’une personne est du à 90% à l’inconscient, sophistiqué et complexe, peu accessible et influençable par des actions commando, désespérément basiques.

Phobie des cornichons



- Tout comportement est motivé par une intention positive. Le rééduquer, c’est amputer la personne de cette intention, malmener son écologie.
- Un comportement ne se prescrit pas, il se génère par des changements internes. Et l’être humain possède en lui les ressources de cette évolution. Il suffit en fait de lui faire confiance.

JB

L'alcoolisme - Terrrrrriiiiiiiiiiiible MALADIE

Publié le dimanche 29 octobre 2006 à 19:34 par J B

Il n’est pas rare que je sois trompé par mes impressions. Par exemple, la première fois que j’ai reçu dans mon cabinet quelqu’un qui souffrait d’une dépendance à l’alcool. Le voyant se déplacer, déprime totale, tête basse, un pied dans la tombe, j’ai cru que le monsieur souffrait d’une maladie incurable (myopathie, cancer en phase terminale…). J’ai en fait été rassuré quand il me déclara (ou plutôt m’avoua, étant donné la mine défaite) venir pour des problèmes d’alcoolisme.

Dans notre société, il y a cette croyance quasi générale selon laquelle quelqu’un qui a des soucis d’alcool est foutu. Et l’alcoolique lui-même finit par y croire d’ailleurs, d’où peut-être l’état dépressif fréquemment relevé. Le conditionnement est fort : «l’alcoolisme est un fléau, une MALADIE. Tout au plus, devenu abstinent, l’alcoolique pourra continuer à vivre, avec une épée de Damocles au-dessus de la tête. Il ne peut remettre en cause un phénomène qui le dépasse. D’ailleurs c’est sa personnalité qui est comme ça, c’est en lui… » Il y a de quoi se tirer une balle… ou il vaut mieux après tout aller boire un coup pour oublier tout cela et profiter un peu.

Etiquettée, condamnée, déresponsabilisée, la personne dépendante à l’alcool n’a guère d’espoir.
L’étiquette par exemple est forte et même l’encadrement thérapeutique y participe. Chez les AA, par exemple, où on va marteler chaque semaine : « Bonjour, je suis jean-Michel, alcoolique... abstinent depuis 15 ans ». Quand on ne boit plus depuis 15 ans, il y a de fortes chances pour qu’on ne soit plus alcoolique, … sauf si on se le répète régulièrement devant témoins.

Si on suit cette logique, on pourrait alors retrouver :
- Je suis bègue, fluide depuis ma 7ème année
- Je suis cancéreux, en rémission depuis 1987
- Je suis éjaculateur précoce, ayant une sexualité normale et épanouie depuis 10 ans
- Je suis phobique de l’avion, prenant à présent l’avion sans peur.
- Je me ronge les ongles quotidiennement sauf depuis le siècle dernier. Mais je me soigne activement pour m’en sortir.
- Je fume depuis 30 ans. Ca fait 15 ans que j’ai arrêté.
C’est assez curieux quand on y pense.

Voici un tableau regroupant les croyances les plus courantes en matière de dépendance à l'alcool ainsi que des recadrages appropriés, car adaptés à une démarche thérapeutique de changement :

Croyances courantes
Approche adaptée à la résolution du problème
La toxicomanie est une maladie, une allergie physique doublée d’une obsession mentale. La toxicomanie et une façon de s’organiser avec la vie et ses avatars
Le toxicomane doit s’en remettre à une puissance supérieure car il a perdu tout pouvoir sur lui-même et su le produit. Le toxicomane doit se réapproprier son pouvoir et sa capacité à faire des choix. 
Il existe une personnalité toxicomane Il n’y a pas de personnalité toxicomane. Il y a des besoins insatisfaits qui font que l’on développe des comportements inadéquats.
La rechute est une information qui nous dit que la réorganisation n’est pas terminée. La rechute procède de l’illusion d’un contrôle sur le produit ou sur sa vie. 
Le concept de maladie entraîne stigmatisation et étiquetage.  L’approche systémique rejette l’étiquetage et ouvre des voies aux changements. 
Comme on connaît la cause, on peut prédire Ouverture à plusieurs pistes d’autonomisation. 
L’acceptation du statut de victime autorise la passivité Redéfinition de son territoire et activation de ses forces cachées et de ses compétences. 
La maladie est dans la personne Le comportement alcoolique ou toxicomaniaque a une fonction adaptative. 

Tableau extrait de Marie Dumas / L’approche systémique en santé mentale / Presses universitaires de Montreal 

La tableau ci-dessus reprend des éléments assez généralement constatés dans l’approche de l’alcoolisme et met en parallèle le recadrage opéré par les thérapies d’inspiration ericksoniennes (systémique, thérapie orientée solutions, PNL…). Il ne s’agit pas ici de constater une querelle d’école, mais de dégager les postulats et processus adaptés à la guérison de la dépendance. 

De même, il ne s’agit pas ici de remettre en cause l’importante de la difficulté ou la souffrance liée au trouble mais de mettre en place les perceptions favorisant la résolution du problème. 

Recadrage 

Afin de rendre le changement possible, il est donc souvent nécessaire de recadrer la perception par l’individu de son problème (ainsi que celle de celles de son entourage si nécessaire et possible). 

Décoller les étiquettes 

Nous vivons tous des événements de vie auxquels nous nous adaptons tant bien que mal avec les moyens que ‘on possède sur le moment. La dépendance ne doit pas être considérée comme une maladie mais comme un moyen utilisé par le sujet pour s’adapter à ce qu’il rencontre. 

Un trouble étant une stratégie d’adaptation, l’alcoolisme n’a pas à être considéré comme une maladie. De même, il n’est pas question de génétique ou d’hérédité ou de personnalité toxicomane. 

Travailler avec la partie qui met en place la consommation adaptative d’alcool. 

L’alcool participe ainsi d’une stratégie d’adaptation. Il y a donc une intention positive à l’origine (le sujet fait au mieux pour être bien avec les ressources qu’il possède à un moment donné). Considérer cette partie comme fautive ou comme un démon intérieur revient à nier cette partie, son intention positive et ainsi à condamner la mise en place de nouvelles solutions adaptées au bien-être et respectant l’écologie du sujet. Si on supprime cette partie, on supprime l’alcool effectivement mais aussi l’adaptation qu’elle permettait (bien-être, sociabilité, confiance, …). 

Il s’agit donc de travailler avec cette partie mettant en place la consommation adaptative d’alcool, en respectant ses aspirations, ses intentions mais également en lui permettant de mettre en place d’autres manières d’y accéder (d’autres moyens d’être dans le bien-être, sociable, confiant…) 

Une banane se mangeant par les deux bouts, on peut parallèlement s’attacher à remettre en cause les éléments du processus qui nuisent au bien-être et rendent l’adaptation nécessaire (être bien, sociable, confiant… sans alcool). 
 

Pouvoir et autonomie donnés au client 

En fonction de postulats prévalents énoncés plus haut, la personne dépendante à l’alcool se trouve souvent placée en situation de victime de quelque chose qui la dépasse et donc sans ressources ou solutions personnelles. Redonner pouvoir et autonomie au sujet constitue donc un élément fondateur de la résolution du problème. 

Avec l'approche de la dépendance alcoolique, on expérimente bien souvent un phénomène bien humain : "tentatives de solutions qui aggravent le problème". L'alcoolisme est bien souvent la dépendance la plus difficile à remettre en cause et c'est en même temps la dépendance où les croyances, postulats, sociaux, culturels et médicaux sont les plus pregnant. Sans doute les deux éléments sont-ils en inter-relation.
JB

J'ai tapé "régime" dans google

Publié le mercredi 25 octobre 2006 à 21:14 par J B

Comme ça, pour l'expérience. Les trois premiers résultats proposent de perdre rapidement du poids (3kg par semaine). Il ne faut donc pas faire ce régime longtemps sous peine de ne plus exister ou de s'installer dans les négatifs.

Dans le domaine des régimes, il y a hélas une règle : plus on perd vite et plus on reprendra vite (à l'inverse, plus on perd lentement, moins on reprendra). Pas mal de régimes parlent d'une phase de stabilisation qui ne voit hélas que rarement le jour. Carencé, le corps va réagir en voulant retrouver inexorablement l'équilibre perverti et mis en danger par le régime.

Le quatrième résultat n'est pas triste non plus, puisqu'il commence par : "Commencez par vous interdire..." C'est ce qu'on appelle "restriction cognitive". Ce phénomène participe à 80% des problèmes de poids. Car la deuxième règle est : plus il y a contrôle, plus il y aura perte de contrôle. L'alimentation n'est pas un domaine de contrôle, d'interdiction mais un domaine naturel, réglé par la satiété et le plaisir des sens. Si on s'interdit, on ne se fonde plus sur la satiété, on perd cette notion et tout débordement est rendu possible et quasi inévitable.

Le cinquième résultat s'intitule : "Pour un corps sexy et une silhouette de rêve". Nous avons là une matrice à anorexie. Il faudrait déja établir si perdre du poids suffit à devenir sexy et proposer une silhouette de rêve (tout cela avec un coupe faim). Il faudrait aussi établir si on ne peut pas être sexy ou proposer une silhouette de rêve sans perdre des kilos. Pour info, les figures de modes proposées dans les médias ne bénéficient pas que d'un coupe faim. Il faut aussi embaucher du personnel :

A bien y regarder, la jeune femme possède un surpoids évalué à deux semaines (d'après les critères du début de cet article), légèrement bouffie, problèmes de peau typiques de débordements alimentaires (boulimique?).

Bref, nul endroit où il est question de sensations agréables, de satiété ou de plaisir, seuls gages d'un équilibre alimentaire. Cette débauche de liens commerciaux, en plus d'être à but lucratif répond aussi à une demande, celle de l'être humain, qui est têtu : c'est ce qu'on appelle "faire encore plus de la même chose". On ne remet pas en cause la stratégie, on l'accentue jusqu'à ce que ça continue de marcher encore moins bien.

JB

Bonjour et bienvenue

Publié le mercredi 25 octobre 2006 à 21:00 par J B

Je suis présent sur le net depuis 1997 à travers des sites qui traitent de manière approfondie de différents troubles et des thérapies adaptées (PSYCHO-Doc, Agoraphobie.org, Anxietesociale.org, Troubles Alimentaires.org, Dependances.net ). Ce blog correspond à une volonté d'utiliser un outil plus direct et éditorial, au gré de mes envies : théories, critiques, humeurs, expériences...