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Campagnes anti-alcool?

Publié le lundi 11 décembre 2006 à 21:37 par J B

Je continue un peu sur l’alcool en abordant les campagnes anti-alcooliques, qui me laissent désespérément perplexe.

Tu t'es vu quand t'as bu!

La plus ancienne dont je me souviens est « Tu t’es vu quand t’as bu ». On ne mérite guère un prix Nobel de psychiatrie en relevant le manque d’estime soi des personnes dépendantes à l’alcool. Cela se manifeste par un manque de confiance, un sentiment de culpabilité assez fréquent et de la honte. Etre honteux, c’est ne pas correspondre aux critères de ceux que l’on a en face de soi, critères auxquels on adhère ou non. La honte est fréquemment un phénomène central de cette addiction, accentué par l’image et l’étiquette d’ « alcoolique » dans notre société et par le mépris d’une partie des professionnels que le sujet peut rencontrer. Quand la personne boit, c’est souvent pour engourdir ce sentiment de honte dans l’action de consommer.

Installé l’autre jour dans le bar à côté de mon cabinet, j’observais un groupe de personnes. A un moment, un gars a sorti une blague vaseuse et a fait ce qu’on nomme communément un bide. Instinctivement et spontanément, il a plongé le nez dans son picon bière.

La honte fait boire. Alors curieux message que ce « Tu t’es vu quand t’as bu », générant de la honte et provoquant indirectement… la consommation d’alcool.

Sam, celui qui conduit, c’est celui qui ne boit pas

La plus récente des campagnes que j’ai pu observer est celle de Bob, dont la vidéo est présentée ci-dessous.

Le slogan est comme suit : « Sam, celui qui conduit, c’est celui qui ne boit pas » Professionnel de l’hypnose et de la suggestion, je trouve le slogan curieux : « c’est celui qui ne boit pas » suggère implicitement que les autres boivent. Le film le montre d’ailleurs, trois individus étant passablement éméchés, un quatrième plus ou moins dans les vapes à côté du conducteur. La campagne incite donc 4 jeunes sur 5 à consommer de l’alcool. A la limite, celui qui n’avait pas prévu de boire, si il n’est pas Sam, est tenté de le faire pour pas perdre son tour. Ces jeunes ne conduisent pas, mais peuvent par contre en descendant de voiture se faire écraser (par un conducteur sobre).

Toujours installé dans le bar à côté de mon cabinet, un vendredi soir, j’observais des jeunes qui préparaient leur vendredi soir. A un moment, l’un d’eux a demandé : « C’est qui Sam ? ». Un des membres du groupe s’est auto-désigné, sacrificiel. Les autres ont repris un pastis, rassurés. On peut donc dire que cette campagne encourage la sobriété d’un jeune sur 5 et incite les autres à consommer.

L’alcool a toujours été un sujet ambigu, dans sa prévention. Peut-être les 4 millions d’emplois en France ayant un lien avec ce produit de consommation y sont-ils pour quelque chose. Ambiguité qui se matérialise sur chaque bouteille :

A consommer avec modération

Là encore, en terme d’hypnose, cela s’appelle une suggestion directe masquée. C’est tout à fait étonnant de trouver une mention luttant contre l’alcool et ses méfaits contenant : « A consommer » (avec modération), dans une forme de plus injonctive, qui ne souffre presque pas la contestation (quand on dit « cet article est à retenir », c’est généralement un article dont on se souvient sans avoir trop le choix).

Le « avec modération » est également surprenant : le propre des thérapies brèves est d’obtenir un changement relativement rapide tout en s’adaptant à la nature humaine. Si on dit à quelqu’un : « Changez vite », il a peur, se bloque, se ferme, stagne… Si on lui dit : « Vous avez tout votre temps pour changer », il se détend, confortable, assuré… et change vite. Enjoindre la modération facilite et génère l’action.

A mon humble avis, tout cela est assez maladroit. Il y a là à travers ces trois exemples une curieuse ambiguïté, celle de déconseiller l’usage abusif d’alcool tout en incitant à en consommer. Maladroit ou alors pervers ? Non, ils ne feraient pas ça tout de même. Simplement maladroit.

JB

Cecillon

Publié le samedi 11 novembre 2006 à 17:10 par J B

Hier, Marc Cecillon a été condamné à 20 ans de réclusion pour le meurtre de sa femme. Horrible drame que cet assassinat, bien entendu. Mais aussi beau gachis humain d'avoir laissé une personnalité addict sans aide quelconque. Addiction au sport tout d'abord qui le fit prolonger sa carrière jusqu'à un age surnaturel, puis coupure brutale, sans aucune aide (ovalie bien ingrate) et nouvelles addictions (alcool et dépendance affective) dans la plus totale indifférence. Cecillon a joué une cinquantaine de fois en équipe de France, en a été le capitaine, sportif exemplaire. Dans ces conditions, on s'inquiète pour monsieur tout le monde qui en général obtient encore moins d'attention.

Document PDF addiction-sport page 1072


L'alcoolisme - Terrrrrriiiiiiiiiiiible MALADIE

Publié le dimanche 29 octobre 2006 à 19:34 par J B

Il n’est pas rare que je sois trompé par mes impressions. Par exemple, la première fois que j’ai reçu dans mon cabinet quelqu’un qui souffrait d’une dépendance à l’alcool. Le voyant se déplacer, déprime totale, tête basse, un pied dans la tombe, j’ai cru que le monsieur souffrait d’une maladie incurable (myopathie, cancer en phase terminale…). J’ai en fait été rassuré quand il me déclara (ou plutôt m’avoua, étant donné la mine défaite) venir pour des problèmes d’alcoolisme.

Dans notre société, il y a cette croyance quasi générale selon laquelle quelqu’un qui a des soucis d’alcool est foutu. Et l’alcoolique lui-même finit par y croire d’ailleurs, d’où peut-être l’état dépressif fréquemment relevé. Le conditionnement est fort : «l’alcoolisme est un fléau, une MALADIE. Tout au plus, devenu abstinent, l’alcoolique pourra continuer à vivre, avec une épée de Damocles au-dessus de la tête. Il ne peut remettre en cause un phénomène qui le dépasse. D’ailleurs c’est sa personnalité qui est comme ça, c’est en lui… » Il y a de quoi se tirer une balle… ou il vaut mieux après tout aller boire un coup pour oublier tout cela et profiter un peu.

Etiquettée, condamnée, déresponsabilisée, la personne dépendante à l’alcool n’a guère d’espoir.
L’étiquette par exemple est forte et même l’encadrement thérapeutique y participe. Chez les AA, par exemple, où on va marteler chaque semaine : « Bonjour, je suis jean-Michel, alcoolique... abstinent depuis 15 ans ». Quand on ne boit plus depuis 15 ans, il y a de fortes chances pour qu’on ne soit plus alcoolique, … sauf si on se le répète régulièrement devant témoins.

Si on suit cette logique, on pourrait alors retrouver :
- Je suis bègue, fluide depuis ma 7ème année
- Je suis cancéreux, en rémission depuis 1987
- Je suis éjaculateur précoce, ayant une sexualité normale et épanouie depuis 10 ans
- Je suis phobique de l’avion, prenant à présent l’avion sans peur.
- Je me ronge les ongles quotidiennement sauf depuis le siècle dernier. Mais je me soigne activement pour m’en sortir.
- Je fume depuis 30 ans. Ca fait 15 ans que j’ai arrêté.
C’est assez curieux quand on y pense.

Voici un tableau regroupant les croyances les plus courantes en matière de dépendance à l'alcool ainsi que des recadrages appropriés, car adaptés à une démarche thérapeutique de changement :

Croyances courantes
Approche adaptée à la résolution du problème
La toxicomanie est une maladie, une allergie physique doublée d’une obsession mentale. La toxicomanie et une façon de s’organiser avec la vie et ses avatars
Le toxicomane doit s’en remettre à une puissance supérieure car il a perdu tout pouvoir sur lui-même et su le produit. Le toxicomane doit se réapproprier son pouvoir et sa capacité à faire des choix. 
Il existe une personnalité toxicomane Il n’y a pas de personnalité toxicomane. Il y a des besoins insatisfaits qui font que l’on développe des comportements inadéquats.
La rechute est une information qui nous dit que la réorganisation n’est pas terminée. La rechute procède de l’illusion d’un contrôle sur le produit ou sur sa vie. 
Le concept de maladie entraîne stigmatisation et étiquetage.  L’approche systémique rejette l’étiquetage et ouvre des voies aux changements. 
Comme on connaît la cause, on peut prédire Ouverture à plusieurs pistes d’autonomisation. 
L’acceptation du statut de victime autorise la passivité Redéfinition de son territoire et activation de ses forces cachées et de ses compétences. 
La maladie est dans la personne Le comportement alcoolique ou toxicomaniaque a une fonction adaptative. 

Tableau extrait de Marie Dumas / L’approche systémique en santé mentale / Presses universitaires de Montreal 

La tableau ci-dessus reprend des éléments assez généralement constatés dans l’approche de l’alcoolisme et met en parallèle le recadrage opéré par les thérapies d’inspiration ericksoniennes (systémique, thérapie orientée solutions, PNL…). Il ne s’agit pas ici de constater une querelle d’école, mais de dégager les postulats et processus adaptés à la guérison de la dépendance. 

De même, il ne s’agit pas ici de remettre en cause l’importante de la difficulté ou la souffrance liée au trouble mais de mettre en place les perceptions favorisant la résolution du problème. 

Recadrage 

Afin de rendre le changement possible, il est donc souvent nécessaire de recadrer la perception par l’individu de son problème (ainsi que celle de celles de son entourage si nécessaire et possible). 

Décoller les étiquettes 

Nous vivons tous des événements de vie auxquels nous nous adaptons tant bien que mal avec les moyens que ‘on possède sur le moment. La dépendance ne doit pas être considérée comme une maladie mais comme un moyen utilisé par le sujet pour s’adapter à ce qu’il rencontre. 

Un trouble étant une stratégie d’adaptation, l’alcoolisme n’a pas à être considéré comme une maladie. De même, il n’est pas question de génétique ou d’hérédité ou de personnalité toxicomane. 

Travailler avec la partie qui met en place la consommation adaptative d’alcool. 

L’alcool participe ainsi d’une stratégie d’adaptation. Il y a donc une intention positive à l’origine (le sujet fait au mieux pour être bien avec les ressources qu’il possède à un moment donné). Considérer cette partie comme fautive ou comme un démon intérieur revient à nier cette partie, son intention positive et ainsi à condamner la mise en place de nouvelles solutions adaptées au bien-être et respectant l’écologie du sujet. Si on supprime cette partie, on supprime l’alcool effectivement mais aussi l’adaptation qu’elle permettait (bien-être, sociabilité, confiance, …). 

Il s’agit donc de travailler avec cette partie mettant en place la consommation adaptative d’alcool, en respectant ses aspirations, ses intentions mais également en lui permettant de mettre en place d’autres manières d’y accéder (d’autres moyens d’être dans le bien-être, sociable, confiant…) 

Une banane se mangeant par les deux bouts, on peut parallèlement s’attacher à remettre en cause les éléments du processus qui nuisent au bien-être et rendent l’adaptation nécessaire (être bien, sociable, confiant… sans alcool). 
 

Pouvoir et autonomie donnés au client 

En fonction de postulats prévalents énoncés plus haut, la personne dépendante à l’alcool se trouve souvent placée en situation de victime de quelque chose qui la dépasse et donc sans ressources ou solutions personnelles. Redonner pouvoir et autonomie au sujet constitue donc un élément fondateur de la résolution du problème. 

Avec l'approche de la dépendance alcoolique, on expérimente bien souvent un phénomène bien humain : "tentatives de solutions qui aggravent le problème". L'alcoolisme est bien souvent la dépendance la plus difficile à remettre en cause et c'est en même temps la dépendance où les croyances, postulats, sociaux, culturels et médicaux sont les plus pregnant. Sans doute les deux éléments sont-ils en inter-relation.
JB