Il est difficile de parler d’un client imaginaire et non spécifique et d’énoncer des critères qui ne soient pas « schématisants ». Je tente tout de même dans un paragraphe qui n’est bien sur en rien exhaustif.

C’est très agréable de travailler avec des personnes souffrant d’hyperphagie. Il y a rarement un mot plus haut que l’autre, la personne est souriante, coopérante. Ceci s’accompagne en même temps d’une certaine distance et d’une atténuation des phénomènes, autant positifs que négatifs. L’abord est donc facile et en même temps identifier et prendre des informations pertinentes peut se révéler plus ardu. Il convient d’amener la personne hors de cette atténuation et de ces phénomènes plus ou moins dissociatifs pour identifier les émotions et processus internes qui sont en jeu à leur juste valeur et intensité. La relation thérapeutique va donc être à l’image des relations de la personne, distanciée et sécurisée. Car la vie relationnelle est relativement appauvrie : peu ou pas d’amis, une vie amoureuse insatisfaisante ou inexistante. Et si la personne peut développer par exemple une bonne autonomie professionnelle, la progression émotionnelle, sensorielle et affective se fige : on a donc à la fois un client adolescent ou adulte et en même temps une partie de lui « petit garçon » ou « petite fille » à prendre compte car à l’origine de la solution alimentaire. Quels éléments communs de processus peut-on mettre en valeur?

- Le vécu d’enfance et d’adolescence est douloureux pour une raison ou une autre : la personne a souvent vécu dans une atmosphère chronique de dévalorisation ou vécu des expériences traumatiques allant dans le même sens. Les sentiments de dévalorisation, d’incompétence, de rejet, de ne pas être aimé, d’être abandonné, d’être coupable, de ne pas être reconnu en tant qu‘individu ou comparativement aux frères et soeurs… sont souvent générés par l’historique de la personne. Ces sentiments peuvent être réels ou plus ou moins interprétatifs, de l’ordre de l’impression (impression de ne pas être à la hauteur, de ne pas être aimé, etc…). Ces émotions peuvent en générer d’autres : sentiment d’injustice, colère etc… Ce climat dévalorisant peut être renforcé par la prise de poids, qui entraîne de nouvelles brimades, remarques, statut particulier.

- L’hyperphagie correspond assez souvent à un positionnement systémique. La personne subit et devient le « paratonnerre » du couple parental ou de la famille. La quête d’amour, de reconnaissance amène la personne à développer des trésors de loyauté, de docilité également, jusqu’à se placer en position de bouc émissaire ou du moins de porter le symptôme de la famille. Quelques démarches thérapeutiques qui en découlent :

- Etablir un véritable lien thérapeutique.

- Soigner ou recadrer les empreintes émotionnelles.

- Remettre en cause les croyances dévalorisantes, etc…

- Favoriser les relations interpersonnelles.

- Restaurer et faire grandir la petite file.

- Aider la personne à développer des compétences relationnelles (affirmation de soi, gestion et expression des émotions).

- Rétablir un espace de sécurité relationnelle. - Aider la personne à prendre progressivement des risques relationnels. - Permettre à la personne de développer une conscience systémique, interactionnelle et/ou familiale de son problème..

- Accompagner dans la remise en cause les liens de loyauté parentale et à gagner en autonomie.

- Travail sur l’image de soi (éveil aux sensations, apprentissage de la séduction, la sexualité…).

- Ouvrir le champ des possibilités, permettre à la personne de mettre en place d’autres solutions que la prise alimentaire dans la gestion de sa problématique.

JB

Hyperphagie

PAR L'AUTEUR DE CE SITE : FORMATION THERAPIE BREVE DES TROUBLES DU COMPORTEMENT ALIMENTAIRE - A partir du 14 juin 2013, à Caen