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Dans cette page seront décrits des processus qui semblent essentiels dans la construction (et la déconstruction) du Trouble Panique avec Agoraphobie.

Solutions qui deviennent des problèmes

On peut dégager un point de vue sur la difficulté psychologique qui a le mérite d’être simplissime dans son principe : des solutions qui deviennent des problèmes.

- La première gestation est de l’ordre du jugement : une personne vit une situation et décide qu’il y a un problème. Elle se promène au supermarché, elle a chaud et pense : « J’ai chaud, ça n’est pas normal ». Alors que de nombreuses personnes ont eu chaud dans un supermarché sans déterminer que ça n’était pas normal.

- La deuxième gestation est de l’ordre de la prise de décision : à partir du moment où on a déterminé qu’on avait un problème, il est tout à fait légitime de vouloir mettre en place des solutions. Pour reprendre l’exemple du supermarché, la personne trouve comme solution de sortir vite à l’air frais : « Vite il faut que je sorte ». Pour sortir vite se rafraîchir, elle galope derrière son caddy, s’énerve à la caisse ou la queue n’avance pas etc… Ce qui fait qu’elle a encore plus chaud et ce qui confirme que tout cela n’est vraiment pas normal. Une fois sortie, la fraîcheur lui indique que ça va mieux, alors que vient de s’installer une peur d’aller au supermarché et que ça va donc en fait beaucoup moins bien que s’il était restée se rafraîchir aux rayons des surgelés.

Le trouble va se révéler lorsque les solutions mises en place complexifient le problème. Les solutions au problème (ici, l’évitement) deviennent elles-mêmes le problème. On voit ici que l’intention est bonne, mais qu’il y a un brouillage des intentions et effets obtenus : la tentative de solution fait partie du problème.

Quelques principes découlent de ce constat :

- Quelque soit leur origine, les problèmes persistent en raison des tactiques mises en place par le sujet pour les résoudre.

- Le sujet, voyant ses stratégies se révéler inefficaces, va les renforcer. Erickson décrivait ainsi le phénomène : « Encore plus de la même chose ».

- Le sujet doit donc mettre en place de nouvelles solutions, mais aussi arrêter de faire ce qu’il faisait jusqu’à présent pour résoudre le problème.

- On peut en arriver à l’idée qu’on traite le problème, mais tout autant les tentatives de solutions inadaptées.

Evitement et réassurance

Pour continuer les paragraphes précédents on peut recentrer sur le TPA cette notion de solutions inadaptées qui deviennent le problème, on peut aborder ici les deux solutions-problèmes ayant le plus de succès : l’évitement et la réassurance.

Dans les deux cas, il y a une erreur d’interprétation par la personne qui souffre de TPA. Evitement et réassurance sont présentés comme des solutions mises en place pour résoudre le problème. Alors que ces deux stratégies ne sont pas des solutions au trouble, mais en fait le définissent. L’agoraphobie, c’est l’évitement et/ou la réassurance extérieure.

Pour illustrer ce propos, un exemple : si une personne souffrant de TPA raconte une séance au cinéma, elle dit : « J’étais mal, j’ai cherché la porte du regard ». Or le processus ne se déroule pas ainsi : la personne cherche les portes (envisage donc l’évitement) et l’angoisse monte ensuite. Dans le cas présent, c’est chercher la porte qui fait monter l’angoisse. La porte n’est en rien salvatrice mais le contraire. Envisager l’évitement d’une situation (ou l’accompagnement dans la situation), envoie inconsciemment l’information qu’on n’est pas compétent pour rester (alors que si), que la situation est dangereuse (alors que non). L’anxiété augmente alors. L’évitement et la réassurance sont donc les générateurs de l’anxiété, non sa résolution.

On a ici un paradoxe présent dans de nombreuses difficultés : en voulant régler le problème, je met en place ce qui le génère. Sorte de cercle vicieux.

Dans le domaine du TPA, les vrais dangers ne sont pas le cinéma, la crise cardiaque ou la mort par étouffement. Les seuls dangers réels sont l’évitement ou la réassurance extérieure.

Par J. Boutillier - Enseignant à l'INCTB - Auteur de En terminer avec l'agoraphobie

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